Parcours Inspirant : Eya Aloui, CEO de la startup Albupad propulsée par la SATT Conectus

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27 February 2025

Eya Aloui a osé transformer son projet de thèse en innovation sur le marché, portée pas à pas par différents partenaires de l’écosystème d’innovation alsacien, dont la SATT Conectus . Grâce à sa détermination, à tous ces soutiens et à l’appui de ses encadrants de thèse, Philippe Lavalle et Benoit Frisch, elle dirige aujourd’hui la startup ALBUPAD qui développe un biomatériau révolutionnaire pour la délivrance de médicaments. Une aventure positive et inspirante, racontée sous la plume du Pôle Universitaire d’Innovation Alsace.

27 février 2025
Eya grandit “entre trois continents”. Le premier est l’Afrique. Enfant, elle vit en Tunisie avec ses parents, tous deux ingénieurs. Puis, à l’âge de 10 ans, elle rejoint l’Asie. Plus précisément, l’Arabie Saoudite. Là-bas, elle effectue sa scolarité dans une école saoudienne puis dans un établissement international français, où elle apprend également à parler couramment l’anglais. Son Bac scientifique en poche, elle rejoint l’Europe. Troisième continent.

“J’ai développé un intérêt particulier pour la recherche.”

C’est à Angers qu’elle débarque et où elle étudie, en Faculté de pharmacie. Pourquoi la pharmacie ? Simplement parce qu’Eya est passionnée par le médicament. Fascinée par ses effets sur la vie des gens. Et pourquoi l’Université d’Angers ? Représentée lors d’un salon à Riyad, Eya est charmée par la description qu’on lui en fait : celle d’une Université implantée dans une petite ville très étudiante et “où il y a beaucoup de verdure”. Ça change du désert, dans lequel elle a passé les huit dernières années de sa vie.

Pendant ses études de pharmacie, Eya fait le choix du parcours industrie et recherche, qui lui donne la possibilité d’effectuer un stage en laboratoire. Une belle opportunité, pour elle. Car elle a alors très envie d’explorer cet univers. Ce stage, Eya l’effectue à Strasbourg. Une ville dont elle est immédiatement tombée amoureuse. Les couleurs, la nourriture, la cathédrale. La chaleur alsacienne alliée à son ouverture européenne et internationale. Tout lui plaît. Et elle avait très envie d’intégrer un laboratoire en particulier : celui spécialisé dans la conception et l’application de molécules bioactives (CBST, UMR7199 CNRS/Université de Strasbourg), qui travaille en étroite collaboration avec le laboratoire biomatériaux et bio-ingénierie de l’Inserm Est, du CNRS et de l’Université de Strasbourg (UMR1121).

C’est à ce moment-là qu’Eya commence à travailler sur les matériaux à base d’albumine. Un univers qui lui est “totalement étranger” mais qui lui plaît beaucoup. “Ça a d’ailleurs déclenché quelque chose en moi. Un intérêt particulier pour la recherche”, avoue-t-elle.

De retour à Angers, Eya effectue son Master en phytochimie, la chimie des substances naturelles. Puis elle décide de se lancer en Doctorat. Elle passe alors le concours de l’École doctorale de physique et chimie-physique de Strasbourg. Et obtient un contrat doctoral de trois ans au sein de l’unité mixte 1121. Nous sommes en 2017.

“Mon projet, c’est l’histoire des échantillons qu’on montre.”

Eya vit sa thèse comme une expérience “magnifique”. Guidée par ses deux encadrants, Philippe Lavalle et Benoit Frisch, rencontrés lors de son stage, elle s’épanouit pleinement dans son rôle de chercheuse. Mais son rêve de contribuer à la chaîne de création du médicament est toujours bien présent. Et elle bénéficie d’un environnement qui la soutient dans la voie de la valorisation. Notamment parce que son laboratoire “sort des start-ups”. Comme SPARTHA Medical, dont l’un des encadrants de thèse d’Eya, Philippe Lavalle, est Chief Scientific Officer (CSO). Eya bénéficie ainsi de nombreuses ressources : des chercheurs déjà engagés dans la voie de la valorisation avec qui échanger au quotidien. Des exemples à suivre. Et des connexions déjà pérennes avec les acteurs de l’écosystème d’innovation alsacien. Notamment la SATT CONECTUS, Société d’Accélération du Transfert de Technologies alsacienne. 

Jérémie Fournier, chef de projet Innovation Santé au sein de la SATT, détecte tout le potentiel de valorisation du projet d’Eya lorsqu’elle lui présente pour la première fois ses échantillons. “Et ça, c’est un peu l’histoire de mon projet. C’est l’histoire des échantillons qu’on montre”, sourit Eya. Parce que c’est lorsqu’on voit les échantillons produits, que leur potentiel se révèle : des « matériaux exclusivement à base de protéines pour des applications de délivrance prolongée de médicaments”. Une technologie innovante avec un impact potentiel fort pour les patients : meilleure efficacité des traitements, moins d’effets secondaires et donc amélioration du confort de vie au quotidien.

Rapidement, une étude de brevetabilité est lancée. Eya collabore alors avec les ingénieurs brevets de la SATT Conectus. “C’est allé relativement vite parce qu’on avait déjà pas mal de données à l’époque”, se souvient Eya, qui participe activement à l’ensemble du processus. Un brevet est finalement déposé au début de sa troisième année de thèse.

Un investissement cumulé de plus de 600 000 € de la SATT CONECTUS

Puis les choses s’enchaînent.

En 2019, le projet d’Eya bénéficie du dispositif de prématuration piloté par la SATT. Ce dispositif lui permet de bénéficier d’un premier financement avec, pour objectifs, de réaliser une étude de marché et de renforcer le brevet. Cela se traduit concrètement par une amélioration du procédé de fabrication, des premiers essais d’incorporation de principes actifs dans le matériau ainsi qu’une étude de tolérance sur les organismes vivants. 

“C’est une étape très importante car il s’agit de la première preuve de concept. Sans ça, on ne peut pas se projeter dans un produit pharmaceutique. Il faut tester pour voir si c’est sûr, si c’est bien toléré.”

Lauréate du Challenge Mature Your PhD en 2020, Eya démarre, dans la foulée, la maturation de sa technologie, toujours grâce à un investissement de la SATT CONECTUS à hauteur de 513 000€. Cette somme permet notamment :

  • D’agrandir l’équipe qui travaille sur le projet au sein du laboratoire et notamment d’embaucher Eya sur la durée de la maturation
  • De valider l’efficacité thérapeutique et la sécurité de ces nouveaux matériaux
  • De produire une centaine d’échantillons en respectant les critères de qualité indispensables pour de futures études cliniques
  • De construire un projet de startup et de pitcher le projet auprès d’industriels.

“Il s’agit encore d’une étape très importante à franchir parce que tous les essais pré-cliniques, préalables à une entrée en clinique chez l’homme, sont à construire et à valider. Et il y a également toutes les preuves de concept à réaliser en laboratoire. Parce que notre technologie concerne l’encapsulation et la délivrance prolongée de médicaments, ces expériences peuvent durer des semaines, voire des mois.”
Le travail est conséquent mais Eya s’en sort haut la main.

En 2021, toujours accompagnée par la SATT CONECTUS, Eya candidate au concours national d’innovation I-PhD, organisé par Bpifrance. Elle en est lauréate et “bénéficie d’une formation” sur l’entrepreneuriat tout en rencontrant “des gens merveilleux tout autour de la France”. “C’est une super opportunité”, souligne Eya. Et “ce n’est pas engageant”. A ce stade-là de son parcours, Eya n’est pas obligée de se lancer dans la création d’une startup. Elle peut encore faire marche arrière. Choisir une autre voie.

Mais l’entrepreneuriat est le chemin qu’elle décide de suivre.

Ses premières preuves de concept en poche, Eya entre en incubation chez SEMIA, qui offre un accompagnement personnalisé aux candidats à la création de start-ups, des formations et l’intégration à une communauté d’entrepreneurs. La transition entre la SATT CONECTUS et SEMIA est alors facilitée par la présence d’Yves Gendrault, PhD, qui dispose d’une double casquette SATT et SEMIA. Une mise en lien qui n’existe pas forcément au sein d’autres écosystèmes de l’innovation sur le territoire français.

Eya s’engage alors à 100% dans son projet entrepreneurial pendant que son collègue, Jordan Beurton, docteur en sciences de la vie et de la santé, se charge de finaliser le développement de la technologie au laboratoire. Eya suit d’abord la Starter Class de SEMIA, une incubation collective qui lui permet de s’immerger dans le monde de l’entrepreneuriat et dans laquelle elle “apprend à pitcher, à travailler [s]a proposition de valeur, à parler davantage de produit et de solution plutôt que de technologie”. Un apprentissage intense. Eya se plonge dans l’univers des méthodes de financement et des prévisionnels financiers. “J’arrivais en terre inconnue !”, se souvient-elle, amusée.

Après cette phase d’incubation collective, Eya passe en incubation individuelle. Son projet prend forme. Dernière étape avant que sa start-up ne prenne vie ? La négociation de la licence d’exploitation du brevet avec la SATT CONECTUS, qui permettra à sa startup, une fois créée, d’exploiter l’innovation développée au sein des laboratoires où elle a travaillé.

“Les bourses de Bpifrance et de la Région Grand-Est ont changé ma vie.”
En 2022, Eya obtient deux bourses qui lui permettent de renforcer son projet. Une première de la banque publique d’investissement française, Bpifrance. Une seconde de la Région Grand Est. Et, en janvier 2024, la start-up ALBUPAD est créée. Eya en devient la CEO. Son collègue Jordan le Chief Technology Officer (CTO). Puis la licence d’exploitation est signée avec CONECTUS.

Eya s’engage pleinement dans cette aventure entrepreneuriale qui la passionne. Elle apprécie sortir de sa zone confort. Apprendre, toujours, même dans des domaines pour lesquels elle ne pensait pas pouvoir avoir d’affinités. Comme la comptabilité.

Aujourd’hui, Eya trace sa route, avec un nouveau concours d’innovation en poche : I-Lab, qui lui permet de bénéficier d’une somme conséquente pour poursuivre son projet. Ses principaux objectifs pour ce début d’année 2025 ? Mettre en place des contrats. D’une part, des contrats de collaboration avec le laboratoire dans lequel elle a réalisé sa thèse, qui permettent à la startup ALBUPAD de bénéficier de ses équipements. D’autre part, des partenariats se mettent en place avec des entreprises intéressées par des applications médicales et vétérinaires. Une accélération de la phase de recherche et développement ainsi qu’une première levée de fonds sont également prévues à court terme.

Eya est consciente de l’ampleur de l’aventure dans laquelle elle s’est engagée. Des risques qu’elle prend, également, si sa technologie ne passe pas la phase clinique. Mais, elle en est convaincue, ce chemin est parfait pour elle.

Et, nous, on y croit.

 


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